Carnet de voyage à la Tadrart

   

    Mercredi 2 Novembre 2005: De Ain Zaouatane à Tin Merzouga

Bivouac de Ain Zaouatane

  Ce matin, j'ai retourné mes chaussures avant de les enfiler; comme elles restent dehors, je crains qu'elles ne constituent un abri pour les bestioles. Je vais tenter les photos au lever du soleil sur les dunes, et le ciel commence à se parer des lueurs de l'aube quand je me lance dans l'ascension. Les replats de sable ferme sont garnis de touffes d'herbe verte qui ressemble à celle qu'on voit sur les dunes des Landes. Les fines traces laissent imaginer la sarabande des insectes nocturnes. Par chance, Nicolas se trouve juste sur la crête de la dune pour donner l'échelle sur mes photos.

la Libye n'est pas loin

  Une petite halte, pourquoi ici? Toute la troupe, accompagnateurs en tête, se donne la peine de gravir une petite dune pour apercevoir les terres de la Libye à l'horizon; nous en sommes à une trentaine de kilomètres. Il faut savoir que ces belles terres de la Tadrart se prolongent de l'autre côté de la frontière avec une autre appellation, l'Akakus. Vous trouverez renseignements et photos sur les sites de Patrick Chatelier.

  La piste est maintenant plus fréquentée et nous croisons plusieurs véhicules en avançant dans une vallée qui devient de plus en plus verdoyante et garnie de nombreux arbres. Visiblement, nous arrivons dans un endroit très fréquenté, et je suis surpris de voir une jeune femme qui se lave les cheveux dans une bassine près d'un rocher. Bientôt, nous continuons à pieds, dans des gorges encaissées jusqu'à croiser des gens portant des récipients et nous trouver devant une vasque rocheuse remplie d'eau. C'est une guelta, une réserve naturelle d'eau de ruissellement, un endroit sombre et étroit. L'eau n'est pas potable, mais elle est respectée par tous. Les gens la puisent pour des usages divers, et notre guide lance une pierre par-dessus les rochers, en nous racontant qu'il a une fois fait surgir un mouflon qui s'abreuvait de l'autre côté.

  La piste devient de plus en plus foncée quand nous arrivons dans des gorges aux rochers couleur rouges. Cette fois-ci, ce n'est plus un effet dû au rayonnement solaire. Le sable prend des nuances qui vont du rouge orangé au rouge brique, en fonction de la couleur des roches aux alentours. Il n'est pas du tout homogène; au contraire des petits tas ou des zones zébrées de couleurs différentes attirent notre attention sur les roches qui se trouvent à proximité. La granulométrie est elle aussi différente et semble empêcher le mélange des couleurs en mettant les grains les plus gros au-dessus des autres dans les creux.

  Lecontraste avec la végétation est saisissant. Quel dommage car nous ne pouvons pas emporter de sable en souvenir: La douane interdit le transport de sable, même en très petite quantité, de peur qu'il ne serve d'écran à des objets dont l'exportation est illicite; nous devons cette règle aux touristes peu scrupuleux qui ont dérobé des oeuvres d'art datant du Néolithique.



  Arrivés en haut d'une côte, nous découvrons enfin le site fantastique de Tin Merzouga. Il s'agit de dunes qui atteignent 300 mètres de hauteur et dominent un nouveau lac asséché parsemé de gros blocs rocheux. Nous ne sommes pas au bout de notre surprise, car les endroits favoris de notre guide et susceptibles d'être utilisés pour le bivouac sont déjà occupés. En passant au pied des dunes les plus majestueuses, nous remarquons tous les petits points constitués par les gens qui se sont lancés dans leur ascension. A mon avis, il devait y avoir entre 50 et 100 personnes sur les 10km de longueur du site. C'est l'endroit le plus recherché de la région et toutes les agences de Djanet le mettent à leur programme.

Rocher du Far West

  Nous stoppons au pied d'un piton rocheux aux allures de rocher du Far West.

  En faisant l'ascension de la dune la plus proche, je remarque un cairn érigé sur la barre rocheuse qui s'étire à proximité. Heureusement, il reste quelques jolies dalles noires cassées net par leur propre poids qui semblent avoir été déposées sur la dune par quelque géant. De là , le piton au pied duquel le bivouac est installé apparaît comme un élément d'un décor grandiose.

  La vue sur la plaine en dessous est vraiment extraordinaire car les énormes blocs rocheux plantés ça et là et entourés de sable orange donnent à la scène un aspect lunaire. Sur la crête où je me trouve, les tons orangés des dunes se marient aux tons dorés donnés à la pierre par le soleil couchant.


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