Carnet de voyage à la Tadrart

   

    Lundi 31 Octobre 2005: Cheminement dans l'oued In Djaren et arrivée à Moul n'Aga

  L'oued In Djaren, (ou In-djerrane) c'est le lit d'une rivière à sec, avec la montagne des deux côtés. J'avais vu sur les photos satellites que le plateau rocheux est zébré de nombreux affluents débouchant sur l'oued principal. La pente est imperceptible, mais il paraît que nous allons passer de 1000m, qui est l'altitude de Djanet, à 800m vers la sortie de l'oued in Djaren. Ce qui me surprend, c'est que nous roulons sur de la végétation en de nombreux endroits. (Cliquer sur la photo pour l'agrandir)


Coloquintes

  Nous apercevons souvent des boules rondes et jaunes qui poussent à même le sol, comme de petits melons . Leurs tiges se ramifient et produisent beaucoup de verdure. Plus loin, il y en a tellement que le contraste est saisissant entre l'humidité révélée par cette verdure et la sécheresse des alentours. Ce sont des coloquintes, qui, bien sûr, ne sont pas comestibles. Il faut croire qu'ils ont disposé de beaucoup d'eau, l'humidité a dû rester dans les cuvettes. Au mois d'Août, il y a eu des crues exceptionnelles au Sahara, si bien que, paraît-il, dans certains endroits les routes ont été emportées.


  Premier arrêt pour contempler la girafe couchée. Elle est très fine. C'est une peinture rupestre d'environ 50 cm de long. Elle n'est pas isolée et je ne doute pas que ces parois verticales, sous une voûte naturelle, aient été un endroit facile à repérer, même au Néolithique. Ces maigres arbustes et ces quelques plantes vertes se transforment soudain pour suggérer de grands arbres et une vallée verdoyante peuplée de girafes et d'éléphants.

  En avançant, l'oued s'élargit et la végétation se raréfie. C'est un vrai labyrinthe, ça tourne tout le temps, car nombreuses sont les ramifications, et pour nous il est difficile de savoir où nous allons nous diriger à chaque croisement. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait une piste, en tout cas pas un sol plus ferme qu'ailleurs. On roule toujours sur des traces, mais des traces, il y en a partout. Elles se trouvent sur les côtés de l'oued, car au milieu, il y a des ravinements assez important qui limiteraient la progression. A un moment, pourtant, l'un des 4x4 se faufile dans le lit du ruisseau (à sec) et progresse en serpentant entre les Karankas, plante verte aux larges feuilles ovales, qu'il ne faut pas approcher car la sève est dangereuse pour les yeux. J'évalue la largeur de l'oued à plus de 500m et la hauteur du plateau qui nous surplombe à environ 200 à 300m. Les bords sont presque verticaux de chaque côté. La roche presque noire montre les stigmates d'une érosion qui lui donne des formes pachydermique, comme dit Patrick, c'est à dire des renflements vers le bas, sans finesse vers le haut, et des traces horizontales et verticales qui font penser aux dessins de la peau d'un éléphant.

  Le pique-nique de midi va se faire sous un bouquet d'arbres assez grand pour nous abriter tous ainsi que les véhicules. Des traces de dromadaire sont présentes partout. Je profite de la pose pour essayer de débusquer des lézards le long des parois rocheuses qui longent l'oued. En observant les traces sur le sable, il parait évident que la vie est bien présente; mais à part les mola-mola, sortes de merles noirs et blancs, et quelques lézards, on ne voit aucun animal en pleine journée. Les vipères de sable sont, paraît-il, en hibernation, mais il vaut mieux circuler avec les chaussures de montagne qui protègent bien les chevilles, car un accident si loin de toute présence médicale aurait des conséquences catastrophiques. En milieu de journée, la température le long des rochers peut monter vers les 35 degrés, ce qui est très supportable (avec ma chemise d'été à manches longues, un pantalon et quelque chose sur la tête) car l'air est particulièrement sec et il y a toujours un peu d'air. Attention à la déshydratation, car la consommation d'eau est très fortement augmentée, et il ne faudrait pas s'éloigner sans réserve. La réverbération sur le sable donne une luminosité comparable à celle d'une plage, et j'ai bien fait de prévoir mes vêtements de montagne en toile très fine qui offrent une protection solaire bien plus sûre que les meilleures crèmes.

Rocher pris dans les sables  

  Arrivée à Moul n'Aga: Depuis quelque temps, j'ai remarqué que le sable, tout d'abord présent au bas des rochers, monte de plus en plus haut contre les murailles de pierre; on dirait même que le sable va étouffer les rochers, il monte jusqu'aux cimes qui ont parfois du mal à émerger. Le spectacle devient grandiose quand nous débouchons sur une immense plaine dans laquelle sont installés des monolithes gigantesques, que nous longeons à vive allure, car le sol est soudain devenu plat et ferme. Nous nous dirigeons sur la droite, vers une dune magnifique dans laquelle un énorme rocher est enchâssé.

  Nous sommes arrivés à Moul n'Aga ou Moul Naga, lieu de notre second bivouac. C'est le nom donné au rocher en forme de chameau qui marque le centre de cette plaine, comme l'œuvre colossale d'une civilisation disparue.



 

Cette fois encore, je choisis de ne pas escalader la grande dune. J'ai repéré des zones beige clair qui se trouvent dans les parties les plus basses de cette plaine. On dirait que ces zones ont été soufflées de leur sable qui s'est accumulé sur de petites dunes. En m'approchant je constate que ces zones claires sont presque aussi dures que du rocher, mais qu'elles ont l'aspect d'alluvions sculptés par le courant de quelque cours d'eau.

  Les petites dunes présentent parfois un sable en vaguelettes comme on en voit au fond de la mer, ce qui va constituer des jolis premiers plans pour mes photos. Le soleil décline vite et la lumière du soir donne aux dunes une couleur foncée irréelle. En m'éloignant, je constate une présence humaine un peu partout: je croise un italien qui, comme moi, tient un appareil de photos à la main. Le site est tellement grand et les courbes des dunes tellement pures qu'on repère facilement quelqu'un à un kilomètre. Quand je finis par me retourner, mon point de repère pourtant immense semble perdu dans l'océan de sable et de rochers sur lequel le soleil se couche.


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