Carnet de voyage à la Tadrart

   

    Dimanche 30 Octobre 2005: Arrivée à Djanet et première étape en 4x4 vers la Tadrart.

  L'avion de Point-Afrique a fait le plein de passagers. C'est la haute saison pour les voyages au Sahara, car la température y est très clémente. On distingue à peine quelques lueurs à travers le hublot; l'avion est en approche sur Tamanrasset ( Algérie ).

Un bon nombre de passagers vient de descendre. Le soleil se lève derrière des formes gigantesques qui émergent de l'obscurité. Quelques premières photos depuis la passerelle, en attendant les personnes qui vont monter ici pour rentrer en France. Nous sommes un groupe de photographes, nous connaissions juste le prénom de chacun, et nous nous sommes retrouvés grâce à notre badge " Sahara photo tour, Couleurs Sables ". Mais ce qui alimente la conversation ce matin, c'est qu'il manque une personne.

Dunes vues d'avion

Voici une sorte de plaine gris beige. Du sable? des graviers? des sédiments? On distingue très bien quelques arbres piquetés dans les courbes tracées par d'anciennes rivières. Ce sont des oueds. Pas d'habitation. Pas de route. Pas d'auto. D'autres courbes, venant des zones plus sombres dans le fond. D'autres points vaguement verts. Vraiment des arbres? L'hôtesse sert le café. Clin d'œil au hublot: je vois des dunes, des courbes courtes et harmonieuses, des ombres noires. Le soleil monte, l'avion commence sa descente.

Du sable tout autour, encore du sable; les réacteurs sont presque coupés; pas de piste en vue...... Choc des roues sur la piste. Une vraie piste noire, comme j'aime. Des petits bâtiments de deux étages... Dans le couloir, des gens sont déjà debout. Le temps de ne rien oublier et nous voici sur la passerelle. L'air est doux et le soleil agréable.

Encore quelques pas et nous sommes à l'entrée de l'aéroport, côté piste. Aéroport de Djanet 24.16.06 N et 09.27.06 E" Ceux qui savent font la queue debout en remplissant leur formulaire. Nous, on est tranquillement assis au frais; on goûte l'air du matin après une nuit de voyage. Il faut compter les billets pour déclarer les devises à l'importation. Il faut déclarer les objets de valeur. Il ne faut avoir avec soi ni jumelles ni GSM.

Cliquez sur les vignettes avec une ombre pour les agrandir

Les bagages ont bien suivi. Pas évident après un départ de Paris, changement à Marseille, escale à Tamanrasset. Le Pape de la photo du Sahara est ici: Patrick Chatelier nous attend avec les chauffeurs de l'agence locale. La police frontière a terminé les vérifications. Il nous manque bien une personne.

Patrick
Patrick Chatelier

La route est bien noire, entourée de sable. Nous formons un convoi de quatre 4x4 qui se dirige vers Djanet. On voit des monticules de sable et de roches. Plus loin, on traverse une petite agglomération, puis on longe un relief qui nous mène à l'entrée de la ville. Des habitations couleur sable qui paraissent très anciennes sont bâties sur les hauteurs. Un grand mur blanc sépare nettement la route des jardins de la palmeraie. On croise des 4x4 qui semblent porter une gazelle sans tête devant le capot. Il s'agit d'une réserve d'eau qui est installée devant le véhicule pour être réfrigérée par évaporation.

"Il te faut une chèche" Je franchis le seuil indiqué. La boutique est toute petite et il fait très sombre. Il faut passer derrière le comptoir pour choisir le tissus. Une grande variété de couleurs. "Je veux du bleu". Les gens sont très accueillants. Je suis assis sur un banc et ils observent discrètement la leçon de mise en place du tissus sur ma tête. "Trois mètres, ça te protège du soleil et du vent". "Tu peux prendre plus long, les grands chefs vont jusqu'à dix mètres".

Djanet
  Djanet

Nous suivons le mouvement des gens qui semblent se rendre à un endroit digne d'intérêt. Les dattes sont exposées dans des sortes de cagettes, les marchands sont côte à côte. Yeux fermés, une tête de dromadaire posée sur un billot nous signale l'entrée d'une boucherie. Le sentier semble nous entraîner hors de la ville, il nous mène en direction de l'oued; un groupe d'ouvriers est occupé à creuser un tunnel sous la digue pour faire passer une canalisation. L'été dernier, il y a eu des pluies importantes et des inondations. Un musicien est mort emporté par les flots dans son 4x4.

C'est parti. Le convoi s'est formé, les jerricanes d'eau et d'essence, la nourriture, les bouteilles d'eau minérale sont chargés dans les véhicules et la galerie est couverte d'une réserve de bois. Il faut maintenant se presser, nous avons 150 Km à parcourir, dont 30 de pistes. La route est bonne et il y a peu de circulation. Le décor ne change pas beaucoup, c'est peut-être le moment de s'assoupir...

La route goudronnée est loin derrière, le relief est doucement vallonné et composé de graviers derrière nous, puis de sable devant. C'est le moment de faire une petite halte, et la première pose photo. Je cherche un premier plan pour compenser le manque de relief et faire ressortir le groupe de marcheurs qui progresse parallèlement à une montagne de roches très érodées qui se noie dans une dune immense. (Cliquer sur la photo pour l'agrandir)

Le moteur peine, nous montons entre deux dunes, sur le sable. La voiture de tête fait un crochet et s'arrête; nous voici arrivés à l'emplacement du premier bivouac. L'endroit s'appelle "les Dunes Noires". Au loin, il y a des montagnes foncées et arrondies qui semblent être composées de roches très érodées, comme si toute les roches avaient éclaté et qu'il ne reste que d'immenses tas de cailloux.. Rien à voir avec des dunes.

Nous sommes au pied d'une dune magnifique et le soleil descend à grande vitesse. Il faut faire vite pour saisir les instants magiques donnés par une ombre qui s'allonge et une lumière qui vire déjà à l'orange. Certains se décident à escalader la dune. J'hésite un peu, car le temps va manquer. Un groupe de dromadaires remonte un vallon à quelques centaines de mètres. Je part en petite foulée, ils progressent vite. Il faut viser loin devant eux pour leur couper la route et faire des photos avec le soleil du bon côté. Je distingue l'homme, à l'avant. Courir dans le sable. C'est "l'herbe à chameau" qui motive ce déplacement, je le comprends quand je les vois qui font halte. L'homme les débarrasse de leur harnachement et lie leurs pattes avant d'une corde assez courte pour limiter leurs déplacements. La même finalité que les cloches au coup de nos vaches.

Les matelas fournis par l'organisateur local, Zériba voyages, sont en mousse recouverte de tissus, et en nombre suffisant pour pouvoir en superposer deux, ce qui n'est pas vraiment nécessaire sur le sable. Si chacun envie la rapidité de déploiement de ma "2seconds", tous me demandent combien de temps il me faudra pour la plier demain matin. "2 minutes tout compris" Le vent s'est un peu levé, il souffle vers le soleil couchant, et Pascal explique que "là bas, il fait plus chaud et l'air chaud qui monte est remplacé par l'air plus frais qui vient de l'Est". Le sac, trop gros, restera à l'extérieur, bien fermé, ainsi que les chaussures de montagne. Pas de risque de pluie.

Les cuisiniers, chauffeurs, le guide et le musicien se mettent à table dès que la nuit tombe, car ils sont à jeun sans boire une goutte d'eau depuis le matin à cause du Ramadan. Nous, on a tout le temps. Notre guide sait faire le thé "aussi bien que les femmes". La première eau est jetée car elle contient trop de théine. Les braises permettent de garder l'eau très chaude pour infuser la deuxième eau pendant longtemps. Il y a beaucoup de sucre mais pas de menthe. Les changements de récipient accompagnés de la traditionnelle oxygénation se font juste avant de servir.

Le repas du soir laisse une place importante à la soupe, qui a un bon goût de légumes mijotés avec de la tomate et des épices, et dans laquelle on trouve toujours des petites pâtes. On est assis sur des sortes de grandes nattes et on se passe les assiettes, en faisant bien attention, c'est sympathique. A table, il faut éviter de trop parler de la qualité des repas, car ici, en Algérie, il n'y a pas de tradition culinaire, comme en France. Et puis, en pleine période de Ramadan, mieux vaut savoir se montrer discret. Ce qui n'empêche pas la qualité d'être au rendez-vous avec des légumes à chaque repas. Ils arriveront à garder du pain jusqu'aux derniers jours; je me demande comment ils font, car l'air est extrêmement sec.

Après le repas, le musicien qui chante et joue du luth improvise un orchestre en utilisant les talents de percussionniste d'un chauffeur. Les bidons permettent de rythmer les chants. L'ambiance aidant, d'autres reprennent la mélopée. Jean-Pierre s'occupe de la prise de son. J'ai quand même enfilé ma parka d'été car le vent s'est renforcé, mais cette fois il tourne souvent et je me souviendrai longtemps de l'odeur de l'acacia brûlé. Notre guide range minutieusement les petits verres à thé emballés individuellement dans du papier et disposés dans une grande boîte métallique.

Le feu de camp

  Les Touareg dorment directement sur les matelas, sans tente; Patrick aussi; nous, "les touristes", nous avons tous transporté notre tente. Je me demandais si je pouvais me passer de douche pendant une semaine. A vrai dire, les lingettes font très bien l'affaire. Si ça convient aux bébés, alors pourquoi pas à nous? J'ai choisi celles qui ne laissent pas de dépôt et j'en suis très content. J'ai pris un sac de couchage "0 degrés", en fait, la nuit, l'air est frais comme chez nous en plein été; qui peut le plus peut le moins. Demain, debout à 6h avec l'appareil de photo pour assister au lever de soleil.


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